C’est la magie du voyage en kayak, en plus du défi sportif et marin c’est aussi pour cela que je suis là, j’ai vraiment l’impression de changer de monde, de passer une porte parfois. Dans ce contexte d’expédition où l’effort physique est intense, chaque rencontre me bouleverse...

(Malheureusement ce n'est pas toujours possible de lâcher la pagaie pour sortir l'appareil photo, alors peu d'images prises sur le vif de ces moments magiques...j'ai glissé des photos prises en mars sur les Sept Iles)

Arrivée des Fous de Bassan sur Rouzic au mois de mars

à quelques encablures de St Malo, sur une mer d’huile, avec les bateaux de pêcheurs et les ferries en vue, ce sera un petit groupe de dauphins, qui se nourrissent à quelques dizaines de mètres ; dans des creux d’un mètre à l’approche des Sept Îles, alors qu’on se bat pour avancer contre un vent de 5 Beaufort avant la bascule du courant, ce seront les fous de Bassan, ayant élu domicile sur Rouzic, qui nous accompagnent. Puis des macareux, des tordas et des fulmars viendront nous accueillir, nous dire que nous arrivons bientôt !

Huîtriers pies, Sept Iles, mars

Devant Penmarch, il est 19h, alors que nous avons déjà parcouru 23 milles, et que nous savons qu’il nous en reste encore 17. La fatigue nous rattrape, nous en sommes à notre 4e jour de navigation sans repos pour profiter des vents portants… un sillon de bulles apparaît le long des kayaks, un aileron de dauphin, puis un autre, encore un, un autre de plus ! et l’on éclate de rire ! L’un d’eux bondit hors de l’eau, à quelques mètres, sauts et plongeons de joyeux compagnons ! Je ris, crie de joie, ils glissent entre nos kayaks, la joie recharge mes batteries en quelques instants, c’est merveilleux. Je pourrais pagayer toute la nuit après une telle rencontre…

Baie de Lampaul, juin

À deux reprises,  je vois passer comme une trombe devant ma proue, même pas le temps d’avertir Thierry et PE, ce sont mes premières Océanites, petits oiseaux marins noirs avec leur croupion blanc…des décharges d’adrénaline revigorantes.

Torda, secteur Sept Iles, mars

Le plus intense pour moi, au large de la Pointe du Ras de Sein, alors que le crachin nous ôte toute visibilité, que la houle et le vent montent et nous usent, au détour d’une crête, un groupe de Puffins des Anglais : ils planent à quelques centimètres de l’eau, leur vol gracieux suit les creux et déliés de la mer. Ils se jouent des rafales et serpentent entre les masses d’eau, tourbillonnent autour des kayaks à nous donner le vertige. Nous sommes chez eux, sans doute des intrus dans leur domaine privé, nous sommes chez les pélagiques. Je suis au paradis, pendant quelques instants, la pression du vent et de la houle est oubliée.

Rouzic, mars