Mercredi 19

Départ à PM —2    Coef: 57      PM: 14h01 Brest      BM: 20h22 Brest  

Vent: N 4 à 6, houle de  NW, creux ce 1m à 1,5m.   20,6 milles / 5h50 heures — moyenne: 3,53 Nds  

16° à 7h sous la tente; dehors, tout est mouillé de rosée. Ce matin, petite visite de l'île, quelques emplettes à la superette, le pain arrive à 8h30 par bateau du continent. Départ à PM—2, il est 12h. Nous avons juste le temps d’apercevoir la côte avant qu’un banc de brume nous enveloppe pour des heures. Nous naviguerons la moitié du temps sous voile. Pendant toute la navigation, vent et houle ne feront qu’augmenter. 

IMGP8151Ça file vite, les surfs s'enchaînant, il nous est difficile de rester groupés et très pénible pour le premier de se retourner pour surveiller les autres; avec ce vent et ces creux, faire demi-tour pour aider un équipier serait problématique. PE s'enthousiasme un peu trop dans des accélérations énergivores. On n'est pas là pour faire du "playboat" garçon, la route est longue et la côte loin . Nous décidons de naviguer de front pour que chacun aie constamment un œil sur les deux autres et que nous ne nous rentrions pas dedans durant les surfs.

En naviguant à moins de 6 milles de la côte comme le voudrait la législation (division 240), la distance s’en trouverait rallongée de 2 heures, aussi optons nous pour un raccourci, que cela reste entre nous. Le soleil nous nargue derrière un voile de brume argentée, la visibilité est faible, deux cargos nous passent loin derrière en début de traversée puis c’est une complète solitude.

P6200231 Soudain "freestyle man" PE nous sort le "trophy move" du jour: 15 mètres devant moi, il rate un appui, ça y est, le voyage est terminé, j’entends déjà l’hélico — un esquimautage manqué à gauche, puis un second. L'animal a du sang froid, il a retiré sa voile sous l’eau — rappelons qu'elle est est fixée derrière son dos —  il tente un troisième esquimau à droite, suspens.... et enfin il quitte le monde des méduses pour regagner l’air libre; j’en hurle de soulagement, je crois bien qu’Agnès en fait autant. Après avoir frisé la cour martiale, notre Gaston Lagaffe s'en sort avec la croix de guerre au rattrapage. Mais "Showman" nous réserve un autre sketch pour la fin de journée. 

Après 10 minutes à l’arrêt en radeau balotés par la houle, Agnès et moi ressentons les prémisses du mal de mer; se forcer à manger, boire, regarder l’horizon. Pas possible de lever le pouce et regagner le banc de touche.

16h50: un phare au loin, c’est Sein, gros soulagement de pouvoir poser son regard sur quelque chose de fixe. Agnès "Ellen MacArthur" à encore performé pour tracer la route. 

Journée "avaries" aussi. Agnès: son mât trop souple se plie et la voile lui touche le dos, son écoute s'est emmêlée deux fois sur sa pagaie la laissant les bras ballants en équilibre précaire. J'ai de mon côté, cassé la fixation qui maintient ma voile pliée sur le pont arrière. Plusieurs fois, nous mettons nos kayaks en radeau pour vider les cockpits et faire un point GPS. Vraiment pas envie de se servir de l’écope comme urinoir aujourd’hui, l’on se fait dessus au propre et un peu au figuré avouons-le.

Deux milles avant Sein, PE passe 30 minutes à batailler en propulsions circulaires à droite afin de redresser son bateau pour finalement se rendre compte que sa pagaie de secours qui s'était détachée du pont arrière faisait ancre flottante et déviait sa trajectoire. Selon ses mots: "ça fait une demi-heure que je bataille comme un gros connard". Sans PE, ce voyage serait finalement trop lisse, rien à raconter. IMGP8154Nous venons de prendre un cours magistral de navigation et même la bonne élève s’est pris des coups de règle sur les doigts. Mes impressions à chaud ? Heureux de l’avoir fait ! Prêt à repartir ? Où est-ce que j’ai bien pu mettre mon Jocker, moi ?  j'avais signé pour un trek troisième âge dans les Monts d’Arrée, pas pour l’Annapurna, il va m’entendre le voyagiste ! 

Nous débarquons à 17h50 avec 1h10 d’avance sur l’horaire, le phare de Sein est à 200 m et bizarrement ça ne déferle pas. Les algues cassent complètement la houle.

P6190222L'endroit est assez désolé, les galets sont magnifiques mais pas touche! Les tentes sont plantées parmi les fougères. On découvre ce qui est peut-être bien l'unique arbre de Sein, ce quasi récif culminant à 9 m: un pin rabougri blotti derrière la Chapelle Saint Corentin.  Suite>